Géographie 2.0

À quoi sert la néogéographie (Partie 4 : contester)


À quoi sert la néogéographie (Partie 4 : contester)


La néogéographie va-t-elle permettre l’émergence d’une contestation par la cartographie ? Sachant qu’il est devenu facile de créer du contenu et des cartes pourquoi les individus ne profiteraient-ils pas de cette opportunité pour argumenter et alimenter des dossiers ou toutes autres démarches contestataires. Malheureusement il n’existe pas de travail à proprement parler sur ce phénomène mais seulement des exemples à la visibilité très limitée.

Celui que nous allons présenter aujourd’hui oppose des riverains de la Haute Loire au réseau de transport d’électricité français RTE. Cet exemple reflète parfaitement la démocratisation et la libéralisation de la cartographie permise par l’émergence d’une néogéographie. Le contexte est le suivant : RTE pour des raisons de coûts privilégie l’installation aérienne de ligne à haute et très haute tension, ce type de réseau est source de nuisances sonores avérées et peut être de nuisances sanitaires pour les citoyens résidant dans un périmètre de 180 mètres sous les lignes. Afin d’obtenir un enfouissement ou un détournement de la ligne, certains résidents se sont regroupés en association et ont entamé des procédures de négociations avec les différents acteurs publics et privés. De ce regroupement est née l’association « nos toits sans fils » présidée par Lucien Fayard.

Lors des réunions publiques organisées par RTE, les membres de l’association remarquent que RTE utilise le globe virtuel Google Earth pour visualiser la ligne électrique via une vidéo de présentation (n’émettant aucun son). Intrigué par le procédé Mr Lucien Fayard, responsable de production dans une entreprise de textile, décide d’utiliser Google Earth afin de lui-même cartographier la ligne électrique. De son aveu personnel, il ne connaissait pas particulièrement le logiciel Google Earth dont il avait un usage usuel et commun de découverte virtuelle du monde. Mr Fayard n’a aucune compétence particulière en cartographie ou en géographie, par contre il se définit comme un bon usager informatique ce qui lui a permis d’appréhender rapidement l’outil de Google.

L’idée est de cartographier chaque pylône de la ligne sur 80 km, puis d’établir un périmètre de 180 mètres autour de la ligne pour déterminer les habitations concernées et ensuite entrer en contact avec les riverains. L’objectif est donc clairement d’utiliser une représentation cartographique pour sensibiliser et faire adhérer le maximum de citoyens et donc de créer une association forte dont les arguments désormais cartographiés pèseraient en leur faveur lors des négociations avec les acteurs publics et RTE.

Nous sommes dans ce cas face à un parfait exemple de démocratisation des outils cartographiques qui servent les citoyens. Ces derniers, il ya de cela 5 années, n’auraient jamais pu créer ce type de représentation. Lors de notre entretien téléphonique, Mr Fayard nous a rappelé que certes l’outil leur a permis de sensibiliser plus facilement les résidents concernés, mais aussi leur a offert un gain de temps extraordinaire. En effet dans un premier temps Mr Fayard c’était lancé, en voiture, dans une expédition cartographique. Mais cartographier 80 km de ligne très haute tension en milieu rural n’est pas chose aisée. Il faut sans cesse faire des détours et arpenter les champs pour atteindre les pylônes. Google Earth, dont il pensait l’utilisation payante pour les particuliers, leur a offert un outil redoutable de précision dont les cartes sont exportables facilement sous plusieurs formats.

Les individus ont pu grâce à la démocratisation d’outils anciennement réservés aux professionnels créer une représentation cartographique contestataire. Cet exemple n’est certainement pas un cas isolé et préfigure un changement de paradigme intéressant pour notre discipline. Les citoyens peuvent désormais argumenter leurs protestations avec des représentations cartographiques, dont on connaît l’impact visuel déterminant dans certains types de dossiers. La carte, comme nous le soulignait Mr Fayard, rend les arguments plus crédibles et permet d’interpeller plus facilement les citoyens.

On ne peut que s’enthousiasmer de ce type d’exemple tout en gardant à l’esprit que si dans ce cas la cartographie amateur a permis de sensibiliser des citoyens autour d’une problématique « honnête », elle peut aussi servir à manipuler et influencer des citoyens, mécanisme bien connu des Etats.

Cartes et captures d’écrans réalisées avec Google Earth, par Lucien Fayard, association « nos toits sans fils »
À quoi sert la néogéographie (introduction)
À quoi sert la néogéographie (Partie 1 : Annoter et géolocaliser)
À quoi sert la néogéographie (Partie 2 : créer et diffuser des cartes)
À quoi sert la néogéographie (Partie 3 : réagir)

12 avril 2010 - Posted by | Uncategorized

2 commentaires »

  1. Merci pour vos articles.
    Je trouve néanmoins navrant qu’en France, on soit obligé de passer par Google Earth pour pouvoir consulter les photos aériennes de l’IGN.
    Etant amateur de photos aériennes anciennes pour estimer les changements d’aménagement du territoire, je suis scandalisé par les tarifs IGN, et par le fait que de nombreuses missions (en dépot légal notamment) ne sont pas encore numérisées.

    Commentaire par LUQUET Bernard | 14 avril 2010 | Réponse

    • Sans doute que la France est encore résistante à libéraliser les représentations de son espace…

      Commentaire par jeremie34 | 14 avril 2010 | Réponse


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